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mercredi 18 janvier 2017

Intox ou l’art de “déformer” les choses


“ Seine-et-Marne: un laboratoire de cosmétiques de contrefaçon démantelé”*

Voilà pour le gros titre... et on évoque une affaire sans précédent, perquisition par la douane française d’un laboratoire cosmétique fabriquant des contrefaçons sur le territoire national”**
Il y a l’art de présenter les choses sous un angle si particulier qu’elles se déforment...
{En SAF et en cosmétique artisanale, un certain nombre de dogmes (ou de contrevérités) circulent, mais ce sera peut-être le sujet d’autres articles... celui-ci les rejoint dans la mesure de la mise en garde concernant les assertions non vérifiées (ou plutôt insuffisamment puisqu’au contraire les premières “recherches” -superficielles- viennent les confirmer et qu’elles sont reprises en masse). Ici il s’agit donc d’une illustration du phénomène, qui de plus touche à notre secteur d’activité}
Une vidéo de la perquisition par les services de douanes a été largement relayée dans notre microcosme... De même pour des articles de presse
Alors pour démêler le vrai du faux reprenons l’article du Figaro* (qui à peu de choses près est le même que les autres articles de presse, presque mot à mot) :
Vrai -->
1) le titre, sur le fond, ne peut pas être contesté, la forme et plus particulièrement l’emploi du mot “démantelé” sans être strictement contestable non plus, participe à nous induire en erreur... Que vous évoque le verbe démanteler ??
2) il y a bien eu une perquisition et saisie de produits cosmétiques et conditionnements -par la douane... au motif de contrefaçon
Grosso modo, vous vous dites “on pinaille l’essentiel est là et l’info est donc vrai”... Mais voyons maintenant ce qui est faux !
Faux -->
Pris dans leur ensemble, les éléments de l’article laissent croire à un réseau illégal, agissant dans l’ombre “ Les enquêteurs de la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED) ont mis au jour "une double activité de production"”... La société incriminée n’agissait pas dans l’ombre : elle exerçait et avait déclaré son activité depuis des lustres (plus de 20 ans) . Ils mettent au jour une affaire sur laquelle les tribunaux se sont déjà penché ?
“ C'est au terme de plusieurs semaines d'investigation que les douaniers ont procédé au contrôle d'un laboratoire situé dans le département de la Seine-et-Marne", indique la douane dans un communiqué.” On concèdera ici que la douane agit quelques/plusieurs semaines (dec 2016) après que la “contrefaçon” soit “établie” (sept 2016)*** ( mais parler ici d’une enquête pour découvrir ce qu’on savait déjà ?)
“Les enquêteurs [...] ont mis au jour "une double activité de production": ce laboratoire fabriquait à la fois, sous sa propre marque, des produits cosmétiques destinés à l'exportation, et des articles pour le soin du corps et du visage, contrefaçons de produits vendus en pharmacies.” Bis repetita ! Là c’est un mensonge par omission : l’activité incriminée, qualifiée de contrefaçon (et jugée comme telle depuis sept. 2016)***, se faisait officiellement et non officieusement : les produits cosmétiques étaient vendus sous un nom de marque déposée par cette société !****
Vous comprenez maintenant, qu’il s’agit non de vente sous le manteau ou de réseau de distribution clandestin (on est loin de la “découverte rare” annoncée dans l’article*) mais en fait d’une banale affaire de “propriété intellectuelle”. Deux entités se “disputent” l’usage d’un nom de marque, la première faisant prévaloir son antériorité, la seconde estimant que son nom étant suffisamment différencié ou contestant la légitimité de la première. Les tribunaux condamnant la deuxième...
Cette “affaire” traine devant les tribunaux depuis plusieurs années, la marque incriminée ayant été déposée en 1994 !**** Le verdict est tombé en septembre 2016***, la perquisition a eu lieu en décembre 2016** et les “articles” sont parus début janvier 2017*.
Chose surprenante, on ne donne pas d’information précise, de nom de société etc, on ne “ment” pas “vraiment”. La lecture de l’article et son ensemble induisent une perception erronée des choses. Les passages “caducs” restent “défendables”... On dit “presque” la vérité mais de manière à induire en erreur...
Voilà un exemple qui illustre bien qu’il faut se méfier de l'info "virale" et de ce qui se répète à l'unisson, même quand les sources “ont l’air sûres”
{Autre morale à l’usage des futurs pro : pour son dépôt de marque -considérée maintenant comme contrefaçon- la société avait fait appel à un mandataire : un cabinet de conseil en propriété industrielle et cela n’a pas été suffisant... Le choix d’un nom de marque se pèse, non seulement d’un point de vue commercial/market mais aussi des “risques” et si les services d’un “spécialiste” sont une aide précieuse, ils ne vous dispensent pas de vos responsabilités et sont encore moins une quelconque garantie...}

Liens :
**Vidéo perquisition douane https://www.youtube.com/watch?v=VLM...
***Rejet du pourvoi en cassation / verdict 20 sept. 2016 https://www.legifrance.gouv.fr/affi...
****Marque (incriminée) déposée en fev 1994 https://bases-marques.inpi.fr/Typo3...


 EDIT :

Rappelons que les produits incriminés étaient produits par une société dûment enregistrée, que la marque sous laquelle ils étaient vendus (Bioderma pH6) était déposée depuis plus de 20 ans et qu'il s'agit uniquement d'un conflit opposant deux sociétés dans une affaire de propriété intellectuelle. La justice a tranché, à la défaveur de celle-ci  (voir rejet du pourvoi en cassation en septembre dernier, ci-dessus). Ces produits, s'ils avaient un nom de marque et un code couleur pouvant porter à confusion et ainsi justifier cette notion de "contrefaçon", n'étaient pas des copies, les produits (noms commerciaux, formules) étaient différents de ceux de la marque "légitime" et comme l'ont mentionné quelques rares articles, ils étaient "sans danger" pour le consommateur.
Les motifs et enjeux d'une telle campagne transparaissent dans certains articles, d'ordre financier : il y a un manque à gagner pour les marques légitimes :
"A cause des contrefaçons, l'industrie cosmétique perd environ 4,7 milliards d'euros de recettes chaque année en Europe "

Qu'il s'agisse d'un manque de professionnalisme (diffusion d'informations tronquées erronées sans vérification aucune) ou d'une campagne volontaire de dénigrement, nous devons refuser qu'on nous prenne pour des dupes... 
Même si le secteur cosmétique ne vous concerne pas, l'ampleur de cette campagne et ses manquements devraient vous alerter sur les systèmes de manipulation et de "propagande" employés dans une démocratie. 
Heureusement que cette affaire ne concerne que des intérêts privés, je vous laisse imaginer ce que cela donnerait pour des enjeux plus importants :-/

Pensons également aux employés de la société incriminée, qui risquent de se retrouver sur le carreau si leur société s'écroule. Que le "vol de propriété intellectuelle" soit condamné, soit ! Mais rien ne justifie ces pratiques. Les clients et distributeurs de cette société (qui exploite une autre marque de cosmétique dont la légitimité n'est pas contestée) seront refroidis par cette campagne qui, si elle ne site pas explicitement la marque, indique le lieu et propose la photo des produits (qui permettent une identification rapide finalement)...

Voici quelques remarques et extraits supplémentaires...

  • Version petit mensonge supplémentaire
    Francetvinfo publie une affirmation contradictoire avec les autres articles qui parlent d'enquête de plusieurs semaines à plusieurs mois ayant conduit à la perquisition
    « douaniers, en pénétrant dans un entrepôt de Seine-et-Marne, ne s'attendaient pas à découvrir de la contrefaçon fabriquée en France. »
    Heureusement, il tempère par l'affirmation suivante (vérité que d'autres ont occultée)
    « Les produits, dont la marque n'a pas été rendue publique, ne sont pas dangereux pour la santé. »

  • Version « agressive »

observatoiredescosmetiques consacre deux articles au sujet et sort du cadre de « l'ambiguité » ou de la semi-vérité dans lequel certains se sont cantonnés.. On grossit le trait...

« perquisitionné deux laboratoires clandestins de cosmétiques en Seine-et-Marne. Bilan : 45 000 produits contrefaits saisis. Une première en France. »


Ces imitations, bien souvent de mauvaise facture, exposent les consommateurs à certains dangers. L’actualité récente a d’ailleurs démontré que la contrefaçon cosmétique sévissait, et ce même en France

« Après quatre mois d'enquête, les services de douanes, dirigés par Bruno Collin, ont perquisitionné un laboratoire en Seine-et-Marne le vendredi 2 décembre 2016 »

« "L'Observatoire du médicament, intégré à la direction du Renseignement, s'occupe de tout ce qui est contrefaçons et produits potentiellement dangereux. Ce sont eux qui ont attiré l'attention sur la potentialité de contrefaçons sur la marque". Une enquête a donc été diligentée par la suite. Le fameux laboratoire perquisitionné a été découvert après plusieurs mois d'investigation. »




  • Version plus « sournoise » :
Libération et le Télégramme ont publié des articles identiques, les extraits et remarques ci dessous sont donc valables pour les deux « articles » et les deux liens suivants. La petite différence : la photo d'illustration pour Libération est celle des produits saisis par la douane et le lien est donc plus direct...

Libération article publié le 4 janvier 2017


Le Telegramme article publié le 16 janvier qqs jours après le lancement (début janvier) de cette campagne de désinformation... un article qui tombe à pic pour enfoncer le clou sans avoir l'air d'y toucher...

Sympa, il prodigue des « conseils pour ne pas se faire piéger» continuons :

« Cependant, de tels ateliers peuvent aussi exister en France : récemment, la douane a ainsi annoncé le démantèlement d'un laboratoire de cosmétiques de contrefaçon en Seine-et-Marne, une première dans le pays, selon l'Unifab. Comme les faux médicaments ou les faux vêtements de marque, la contrefaçon de produits de beauté est souvent l'apanage de réseaux mafieux « et également d'organisations terroristes » »

le consommateur « prend d'abord un risque pour sa santé. Car un produit cosmétique non contrôlé « peut être dangereux pour la peau et provoquer une allergie », étant fabriqué par une main-d'oeuvre non qualifiée, sans respect des règles d'hygiène et à l'aide d'ingrédients de mauvaise qualité, voire interdits, »

« En achetant un produit contrefait, le consommateur commet aussi un délit pénal, sans compter le risque de se faire voler des données personnelles, comme ses coordonnées bancaires, en cas d'achat sur un site internet douteux. »
  • Francebleu et France soir avec articles similaires ajoutent tout de même un élément d'éclairage sur les raisons de cette campagne de presse :



« Ces sont les parfums qui sont le plus contrefaits, bien plus que des crèmes de soin, indique Emmanuelle Gourbin de la Fédération des entreprises de la beauté (Febea). Ils sont souvent vendus sur internet ou à la sauvette sur des marchés ou dans la rue. Ils sont habituellement fabriqués en Chine ou en Turquie. Derrière ce trafic se trouve des réseaux criminels "aux ramifications incroyables" et très difficiles à démanteler, indique Emmanuelle Gourbin. A cause des contrefaçons, l'industrie cosmétique perd environ 4,7 milliards d'euros de recettes chaque année en Europe »




samedi 17 décembre 2016

Mesure du pH des savons

Qu'on soit amateur ou professionnel, la question du pH des savons est récurrente !
(Un protocole de mesure très simple en fin d'article, pour les plus pressés, et pour les curieux, quelques points en réponse à de nombreuses interrogations que l'on retrouve chez les savonniers)

Quelques rappels :

  1. Définition : le pH (potentiel hydrogène) est un outil (une modélisation) qui permet d'estimer la concentration de l'ion hydrogène dans une solution.
  2. La mesure du pH se fait nécessairement (pour ce qui nous occupe) en solution aqueuse
  3. Par convention, on mesure le pH sur une échelle allant de 0 à 14 en solution aqueuse à 25°C (par extrapolation, d'autres solvants que l'eau sont employés pour des valeurs au delà de ces deux limites (<0>14) ) et 7 représente la neutralité. (notez que la mesure d'un pH = 7 à une température donnée ne sera pas la même à une autre température) ---> il est important de toujours travailler à même température. Idéalement 25°C (mais on peut travailler entre 20 et 25°C, pourvu qu'on conserve une valeur constante pour les différentes mesures et pour l'étalonnage, il y a néanmoins une marge de tolérance pour ces variations de température )
  4. Acide/basique : on considère acides les valeurs inférieures à 7 et basiques celles supérieures à 7.... Un acide en solution aqueuse forme des ions hydrogène H+ Le degré d'acidité est strictement lié à la présence (concentration) de ces ions H+. Corrélativement, le degré d'alcalinité (base) est lié à la présence d'ions OH- qui se forment lorsqu'une base se dissout dans l'eau.
  5. Valeur/ Variation : Lorsque la valeur du pH diminue de 1, la solution est 10 fois plus acide, et à l'inverse 10 fois plus basique quand elle augmente de 1.
  6. Matériel de mesure :  en premier lieu, éviter absolument le papier bandelette qu'on trouve communément, il est inadapté aux TA, dont le savon. (certains prétendent avoir un savon au pH neutre ou faiblement basique alors qu'il s'agit d'une erreur de lecture, le savon ne pouvant avoir un pH inférieur à 9). Il faut choisir un pH-mètre adapté et de bonne qualité. Il va de soi qu'il faut se conformer aux indications jointes à votre matériel. Vous avez compris qu'on travaille à température constante (bien que certains pH-mètres corrigent la valeur en tenant compte de la température), pour les solutions tampon comme pour la solution de savon (écart de température max 5°C). Notons en outre qu'il faut employer des solutions tampons dont les valeurs encadrent la valeur à mesurer (attendue... exp si vous souhaitez mesurer un pH autour de 6; la valeur de l'une des solutions tampon doit être inférieure à 6 et l'autre solution tampon doit avoir un pH supérieur à 6)
  7.  Précision des mesures : Outre les questions de matériel de mesure ou de température... La mesure du pH est valable pour des solutions très diluées. Plus on augmente la concentration, moins la lecture sera précise. Comme beaucoup le supposent à juste titre, une solution très concentrée n'aura pas le même pH qu'une concentration peu concentrée... En pratique, on ne mesure le pH du savon que pour des solutions de concentrations de 1 à 10% (généralement 1%). Pour affiner la précision de lecture, un étalonnage fréquent et nécessaire (en plus du bon entretien du matériel)

PROTOCOLE (mesure)

1) Travailler avec de l'eau et des solutions tampon à 25°C idéalement (entre 20 et 25°C)
2) Dissoudre 0.5g de savon dans 49.5g d'eau DEMINERALISÉE ou PURIFIÉE (pour solution à 1% ; ou jusque 10% soit 5g de savon pour 45g d'eau ; pour une mesure plus précise, il est préférable de bien dissoudre le savon, et cela plaide encore en faveur d'une solution très diluée)
3) Avec un pH-mètre étalonné avec des solutions tampon encadrant la mesure à prendre, lire le pH de la solution (il est parfois indispensable d'attendre un moment la sonde immergée dans la solution pour la lecture du pH, temps variant selon le matériel)


Remarques : 
  • Pour qu'un savon soit caustique (ce qu'on veut éviter bien-entendu), au terme de la réaction, il faudrait que la soude caustique ait été introduite en excès. Or dans nos formules (SAF/ surgras), NaOH est le réactif limitant, et la saponification étant une réaction totale, il ne reste plus de soude caustique dans le savon mais au contraire le surgraissage. (pour les savons type marseille, on travaille à l'inverse avec un excès de soude, on élimine la soude n'ayant pas réagi par la délipidation) Donc sauf pour la libération des lots, ou par curiosité intellectuelle, déterminer le pH de son savon n'a pas vraiment d'autre intérêt, le pH sera celui correspondant à votre recette. voir dernière remarque.
  • Pour déterminer précisément la fin de réaction (saponification), il faudrait effectuer un titrage (point d'équivalence, HCl.. ou déterminer -préalablement aux mesures de vérification- théoriquement et précisément le pH attendu...) En effet la valeur du pH des savons se situe dans une fourchette en fonction des formules; ce n'est donc pas une valeur fixe qui permet d'affirmer qu'on a atteint la fin de réaction. 
  • De même, la cinétique de la saponification ne permet pas de déterminer de manière précise et arrêtée, le temps qui sera nécessaire à la réaction (sans tenir compte / préétablir les facteurs cinétiques : la température, l'agitation, la concentration de la lessive de soude, etc... vont influencer la vitesse de réaction)
  •  De là, la cure conventionnelle d'un mois minimum assure l'éventuelle marge d'erreur tout en permettant au savon de se bonifier et à l'eau de s'évaporer (savon plus durable, moins mou) / Il en va de même pour le "surgraissage" tout aussi usuel, qui allie l'avantage d'assurer la marge d'erreur tout en apportant une amélioration qualitative au produit
  •   la mesure du pH d'un savon n'est pas indispensable aux amateurs, et des indicateurs colorés (exp du "jus de choux rouge") feraient l'affaire en cas de doute.

 

lundi 21 mars 2016

Evaluation quantitative / qualitative des savon

Quantité de Glycérine produite lors de la saponification


Je publie aujourd'hui ce petit article qui sera certainement utile à certains d'entre-vous, amateurs curieux ou savonniers professionnels qui aurez à indiquer les caractéristiques qualitatives et quantitatives dans les dossiers produits... puisque c'est une question récurrente et qu'on n'y trouve pas de réponse ou qu'elle fait l'objet d'approximations...

La glycérine est produite naturellement lors de la saponification... La quantité de glycérine produite va varier en fonction de la formule réalisée :
il va de soi qu'on ne produira pas la même quantité de glycérine dans un kilo de savon que dans une tonne ;)
De même la quantité variera en fonction des huiles qui composent la recette (de son indice de saponification, qui induit la qté de soude) ainsi que du surgraissage.

Ca semble compliqué ? Mais c'est bien plus simple qu'il n'y parait ! 

En effet, la quantité de glycérine produite est en corrélation directe avec la quantité de soude caustique de la recette (dans le cas d'un surgraissage supérieur ou égale à 0)

Pour faire au plus simple ; la réaction de saponification peut se résumer comme suit :
1  triglycéride + 3  NaOH  -->  1 carboxylate de sodium + 1 glycérol  

( plus vulgarisé encore, triglycéride = huile, NaOH = soude (caustique) , Carboxylate de sodium = savon , et glycérol = glycérine)

On voit bien que pour 3 "unités" de NaOH, on en obtient 1 de glycérine.
Pour ces réactions chimiques, l'unité est la mole. Chaque molécule ayant une masse molaire = masse (dans le langage courant, on dit "poids") que représente 1 mole de cette molécule.

Notons leurs masses molaires respectives 
NaOH : 39,9971g/mol
Glycérine : 92.09382 g/mol

Pour la réaction qui nous occupe (la saponification), on connaît la masse de  NaOH qu'on introduit dans notre formule et qu'on nommera mNaOH.

Pour déterminer la masse (quantité) de glycérine produite dans une formule donnée, on n'aura qu'à remplacer mNaOH par sa valeur dans la "recette" de savon en question ( = "poids" de soude) et appliquer les calculs suivants : 

 On veut déterminer la masse de glycérine produite qu'on nommera mG
(1)mG =  (92.09382 * mNaOH) / (3 * 39,9971) 

<=> mG = 0.767504 mNaOH

Notez que cette formule n'est applicable que pour un surgraissage supérieur ou égal à 0 (pas dans le cas d'un sous graissage !)

 

Dans le cas d'un surgraissage négatif ou nul (savon sous graissé), ce ne devrait a priori pas être utile pour des savons cosmétiques :
La masse de glycérine est toujours facteur de la quantité de soude réagissant dans la réaction de saponification... Mais la soude étant en excès, on ne peut se baser sur le poids de  soude introduit dans la recette.
On doit partir de la quantité de graisses introduites, puisque celles-ci (en défaut) vont entièrement réagir :
On commence par faire la moyenne des indices de saponification NaOH de l'ensemble des huiles de la recette (en tenant évidemment compte de la proportion de chacune). 
On appellera cet indice de saponification (de l'ensemble des huiles) de la formule Is (exprimé en gramme, donc sous forme 0,...) et on partira de la masse des huiles végétales mHV (en g)

La quantité de glycérine produite, exprimée en gramme, se calcule donc de la manière suivante (dans le cas d'un surgraissage nul ou d'un sous graissage):
mG = (Is * mHV) * 0,767504

Note : 
Is*mHV = mNaOHr = la quantité/masse de soude mise en œuvre dans la réaction de saponification.
On retrouve bien la formule précédente mG= 0,767504 mNaOHr à la différence près que dans le cas d'un sous graissage on prend pour valeur la quantité de soude réagissant qu'on a nommé mNaOHr,  et qu'on effectue le calcul en gramme. 

Pour un surgraissage positif ou nul, toute la soude introduite étant en défaut, elle réagit entièrement, et dans ce cas...
mNaOH = mNaOHr

Finalement, la formule applicable quelque soit le sugraissage (positif, nul ou négatif) est :
 

mG = 0,767504 mNaOHr


et plus simplement dans les savons cosmétiques (où a priori, on ne pratique pas le sous-graissage), on aura 

mG 0,767504 mNaOH


Edit : Autre remarque, pour des acides gras "purs", on applique la première formule (avec la quantité de soude réagissant avec les triglycérides et non la masse totale de soude introduite)

samedi 1 décembre 2012

Calcul du "Surgraissage", les erreurs à éviter...

Le sur-graissage en savonnerie est (avec la glycérine naturellement produite et d'autres ajouts) ce qui fait la qualité des savons artisanaux ("saf", "four" ou "chaudron") et leur confère la douceur d'un soin...

Il est donc important de savoir le déterminer !
Le surgraissage s'entend généralement comme pourcentage, fonction de la quantité des huiles introduites et non du poids total du savon...

1) Calculer ce surgraissage en fonction du poids total des huiles de la recette...

Certains font le calcul à partir d'une recette sans surgras, puis ajoutent une certaine quantité d'une autre huile à la trace... Et là il faut bien faire le calcul !

C'est une erreur que de considérer ajouter un surgras de n % d'une huile en comptant n% des autres huiles.
 
Par exemple, si on veut ajouter 30% de surgras avec de l'huile de chanvre pour un calcul basé sur 100g d'autres huiles saponifiées, on n'ajoute pas 30g d'huile de chanvre... Ces 30g sur 130g d'huiles au total ne représentent que 23,076%

2) Tenir compte des indices de saponification


Reprenons cet exemple de surgraissage à 30% avec l'huile de chanvre...
Ce serait également une erreur de vouloir ajouter 30g d'huile de chanvre pour 70g d'autres huiles saponifiées en saf ou au four (au chaudron ou pour des bases saponifiées, ce serait pourtant valable ! De même que si l'ensemble des huiles employées ont des indices de saponification similaires... )

Exemples :
- indices de saponification similaires : pour 70g d'huile d'olive, pour un surgras nul on introduit 9,5g de soude*
Si on ajoute 30g d'huile de chanvre à ces 70g d'huile d'olive (+ lessive contenant 9,5g de soude*), on a bien un surgras de 30%









- indices de saponification différents : pour 70g d'huile de coco (surgras 0%), on introduit 12,8g de soude*. Il faudrait alors ajouter 40g d'huile de chanvre à ces 70g de coco  (+ lessive contenant 12,8g de soude*) pour obtenir un surgras de 30%



En conclusion :

Même si l'on souhaite ajouter des huiles à la trace, il est préférable (et plus simple) de faire le calcul avec l'ensemble des huiles introduites, avec le surgras (final) souhaité pour déterminer la quantité de soude. On est libre de prélever la quantité souhaitée de l'huile choisie pour l'ajouter à la trace.

Remarques :
On peut également procéder selon les exemples précédents, en vérifiant les calculs pour la recette complète, mais c'est un peu plus laborieux :-/

* la soude étant un produit caustique, sa manipulation nécessite un certain nombre de précautions (gants, lunettes, vêtements de protection, masque etc etc...) 
Il faut bien se renseigner avant de se lancer et toujours vérifier les calculs par soi même ! Ils ne sont donnés ici qu'à titre indicatif pour illustrer les propos afférents